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La Dame du Ritz : quand l'élégance parisienne cache la Résistance

  • Photo du rédacteur: Vanina
    Vanina
  • 5 févr.
  • 8 min de lecture
couverture du roman de Mélanie Benjamin La Dame du Ritz aux éditions Albin Michel
Mélanie Benjamin, La Dame du Ritz aux éditions Albin Michel

L'Hôtel Le Ritz incarne l'art de vivre parisien par excellence et accueille des personnalités prestigieuses. "Le Ritz charme tout le monde. Le Ritz chuchote votre nom telle une caresse satinée, il vous laisse entrevoir des trésors inimaginables - comme les tentures murales dignes de figurer dans un musée -, il vous séduit au point de vous persuader que, même si vous n'avez pas un sou en poche, rien qu'en fréquentant les barons et les duchesses, les stars de cinéma et les riches héritières qui traversent les couloirs, portés par les ailes de la Fortune, vous êtes vous aussi quelqu'un de spécial" (page 76). Aujourd'hui, à travers le roman de Mélanie Benjamin, La Dame du Ritz, je souhaite me concentrer sur le personnage de Blanche Auzello, le contexte de l'Occupation et la façon dont l'autrice utilise le lieu emblématique de l'Hôtel Le Ritz pour explorer les thèmes de survie, de collaboration et d'héroïsme discret.


La survie

La très élégante Blanche Ross, actrice américaine, grande, blonde, arrive à Paris et se présente à l'Hôtel Le Claridge avec une telle assurance que Claude Auzello, le directeur de l'hôtel en est immédiatement séduit. Lors de leur première rencontre, elle ne se doute pas encore des épreuves qu'ils devront traverser ensemble et à quel point la discrétion et la solidarité seront des atouts majeurs en cette période à Paris. En effet, en arrivant à l'hôtel en 1923, Claude Auzello vérifie les passeports de ces clients, "marquant une légère pause avant de rendre celui de la charmante Mademoiselle Ross" (page 33). Un secret sur son identité que l'on découvrira plus tard dans le roman ; l'Hôtel lui-même s'est montré protecteur envers cette jeune femme, "Le Ritz et Blanche ont conclu un accord - depuis longtemps déjà" (page 46). Dès les premières pages du roman et de ses débuts à Paris, elle ne se doute pas que cette discrétion, ce secret lui sauvera la vie et lui permettra de vivre ; voire de survivre ; dans une suite du palace parisien. Pour assurer sa survie, elle avait fait appel à Frank Meier, le barman de l'Hôtel Le Ritz quand il lui proposa son aide "Si vous avez besoin de quoi que ce soit, mademoiselle, demandez-moi. Quoi que ce soit" (page 79).

Durant cette période, règne un silence dans les rues de Paris qui contraste avec le faste parisien. Paris et les parisiens doivent aussi se protéger afin de s'assurer leur survie. En rentrant à Paris après un séjour dans le sud, Blanche "prend conscience d'une chose : le silence. Partout. Pas seulement celui de la foule de citoyens abasourdis qui titubent en sortant de la gare et se répondent dans la ville comme une flaque d'eau boueuse. Car s'il y avait bien une constante à Paris, c'était le bruit des conversations ; autour des tables de café où s'entassait d'ordinaire une clientèle sans cesse renouvelée, discutant de la pluie et du beau temps ; les trottoirs bondés, avec ces Parisiens qui parlaient politique, débattaient de la coupe d'un costume ou des mérites de différents fromagers, - peu importe le sujet -, s'arrêtant pour défendre leurs arguments, enfonçant un doit dans la poitrine de leurs compagnons. Les Parisiens, Blanche ne le sait que trop bien, adorent bavarder" (page 17). Puis peu à peu, la réouverture des théâtres et des cabarets, loin de vouloir tromper l'ennui mais bien pour répondre aux ordres du haut commandement. Ce n'est qu'à la lumière des explications de Blanche que Claude comprit qu'il agissait lui-même comme tous ces Parisiens qui chaque jour devaient s'assurer de prendre la bonne décision "les choix que devraient faire les Parisiens au quotidien, les questions qu'ils devraient se poser sans avoir la bonne réponse. Pourtant si vous vous trompiez, si vous faisiez le mauvais choix, vous aviez toutes les chances de finir en prison pendant quelques jours. Ou pire. Et si, en revanche, il apparaissait que vous aviez pris la bonne décision à un certain moment, comment savoir ce qu'il en serait par la suite - ne vous en tiendrait-on pas rigueur plus tard ?" (page 172).

Durant la guerre, Le Ritz lui-même agit comme le protecteur de ses clients et des secrets de chacun. A commencer par son barman, Frank Meier qui "gardera votre secret en échange d'un gros pourboire, d'un petit virement sur ce compte en banque qu'il garde en Suisse" (page 81). Ensuite l'Hôtel devient le lieu où tout ceux qui fuient finissent par se rassembler : "certains personnages douteux finirent au Ritz : des agents des deux bords qui essayaient de se procurer de l'argent, des armes, de l'aide" (page 115). Et enfin, Claude mettait un point d'honneur à traiter les allemands comment n'importe quel client, en leur réclamant leur ticket de rationnement pour le buffet d'une soirée festive qu'il avait du organiser à la dernière minute, ceci afin d'assurer au Ritz sa survie "pour leur montrer que le Ritz était encore un hôtel, et non le quartier général du haut commandement allemand" (page 173).


La collaboration

Paris, sous l'Occupation, semble modifier la définition même des mots Honneur et Honnêteté (page 196). Blanche, assiste impuissante à l'injustice de cette guerre, Blanche, d'habitude si légère, exubérante, festive et soucieuse de porter les dernières tenues à la mode souhaite en faire plus. Mais pour cela, elle devait avant tout se faire discrète et éviter tout excès : "il fallait qu'elle se tienne à l'écart, qu'elle reste assise et observe, pour son bien à elle, pour leur bien à tous les deux et celui du Ritz" (page 200). Mais au-delà des apparences, Blanche voulait agir : "depuis son équipée avec le jeune aviateur anglais - c'est ainsi qu'elle voit ça, une aventure, une équipée, une rigolade, essayant de minimiser l'importance, dans son cœur et son esprit, du danger qu'elle a couru -, elle est fébrile, impatience. Mais ce n'était pas juste une rigolade. Ce qu'elle a fait était dangereux. Important. Elle a été courageuse, elle s'est montrée débrouillarde. Elle a sauvé une vie. Et elle ne souhaite qu'une chose : recommencer" (page 206). Elle était prête à se défaire de ses objets les plus précieux et témoins de l'amour que Claude lui portait quand Lorenzo, membre de la Résistance, lui avait expliqué que le manteau de fourrure qu'elle portait ce jour-là pourrait servir à "acheter des passeports, de l'essence, des billets de train, des choses utiles. Des armes aussi" (pages 238-239). Comme le souligne Mélanie Benjamin "Blanche n'a pas besoin de continuer à se battre. En revanche, elle a besoin de sauver. Elle a besoin de trouver quelque chose, quelqu'un qui, dans ce monde, vaut la peine d'être sauvé" (page 286).

La Résistance s'organise au sein même de la capitale. Chacun, de façon discrète et à sa manière, participe à la Résistance. Claude finit par avouer à Blanche qu'il avait finalement délaissé ses maitresses et que désormais, ses sorties nocturnes lui permettaient de combattre l'ennemi : "je n'allais pas retrouver une maîtresse. Je … je m'employais, à ma façon, à nous débarrasser d'eux. Les nazis. A les désorganiser, Je relayais des informations. Et, occasionnellement, j'ai aidé à transporter, parfois à cacher, des gens" (page 301). Tout comme le réseau de directeurs d'hôtel qui profitait des ravitaillements pour leurs hôtels pour passer des informations aux Alliés (page 264).

Le Ritz lui-même enfin, était le théâtre de ces organisations secrètes où les acteurs se dissimulaient au milieu des ennemis : "un verre de vin et la promesse d'une promotion suffisent à persuader le jeune garçon d'étage de cracher le morceau. Le garçon fait partie de la Résistance, dit-il avec trop d'empressement - Claude secoue la tête, craignant pour la vie du jeune homme, trop enclin à avouer la vérité quand on l'en presse" (page 261). L'emplacement de l'hôtel était une route toute tracée pour les alliés : "si quelqu'un laissait la lumière allumée la nuit dans les cuisines, le Ritz, grâce à la latitude à laquelle il se situait, permettait à ces bombardiers de se repérer au-dessus de la ville plongée dans le noir" (page 233)


L'héroïsme discret

Blanche Auzello a usé de ses talents d'actrice pour duper son mari au sujet de ses activités dans la Resistance : "Blanche le laisse penser le pire d'elle. Car ainsi elle ne mêlera pas Claude et son foutu Ritz si précieux à ces activités secrètes" (page 253). Elle fit de même envers l'ennemi : "Claude ne se douterait jamais non plus que le jour où il avait réprimandé Lily et Blanche qui avaient été virées de la brasserie Lipp pour avoir trop chahuté, elles créaient une diversion qui avait permis à Lorenzo et Heifer [...] de voler les papiers militaires d'un officier allemand" (page 255).

Dans le contexte politique de l'époque, il fallait se montrer discret sans pour autant s'oublier soi-même, comme ces jeunes gens qui "portaient un œillet vert au revers de leur veste quand ils était de repos" (page 228). Claude pouvait aussi se retrouver en terrasse avec son contact Martin, accompagnés de Michèle et Simone, au milieu des allemands pour discuter des prochaines actions à mettre en place : "les nazis sont généralement si éboulis par des ces deux femmes à la beauté remarquable qu'ils ne prêtent pas attention aux discussions de Claude et de Martin, assis à la table à côté de la leur, ou dans un club de jazz où ils prétendent écouter de la musique ou encore sur un banc le long de la Seine" (page 265). Les camions de blanchisserie du Ritz quant à eux pouvaient servir à faire sortir ceux qui se cachaient des allemands (page 274). Enfin, les allemands eux-mêmes avaient pris part à un complot : "ce von Stülpnagel avait été, étonnamment, l'un des nombreux officiers allemands qui se retrouvaient tous les jours au bar en prétendant boire à la santé du Reich, alors qu'en réalité ils préparaient l'assassinat d'Hitler. Prouvant que tous les nazis, malgré leurs uniformes, ne se ressemblaient pas" (page 337).

Quoi de plus inattendu, pour Le Ritz occupé par les allemands, que de se retrouver face à un barman qui avait sans doute participer à ce complot contre Hitler en jouant "le rôle de « boite aux lettres » [...] une personne qui reçoit et passe des informations en sachant parfaitement de quoi et de qui il s'agit" (page 337) ; ou encore de dissimuler au sein même de l'ennemi, des membres de la Résistance : "Claude tremble de colère mais aussi de peur. C'est la première fois, à sa connaissance que le Ritz héberge un membre de la Résistance activement recherché. Les Allemands doivent être en train de frapper aux portes dans tout Paris pour le retrouver. Et il est ici. Dans son hôtel" (page 263).


Quand l'élégance parisienne cache la Résistance

Le roman de Melanie Benjamin « La Dame du Ritz » est basé sur l'histoire vraie du couple Claude et Blanche Auzello qui ont ensemble dirigé l'Hôtel Le Ritz pendant plus de 40 ans et qui pendant la 2e Guerre Mondiale ont fait preuve de courage et de survie. Quand l'élégance parisienne cache la Résistance, on trouve derrière le luxe et le faste de l'Hôtel, la peur de l'Occupation et l'héroïsme des Parisiens.



Pour aller plus loin ...

Je vous recommande « Le Barman du Ritz », un roman de Philippe Collin, publié en 2024



A votre tour maintenant …

Je suis curieuse de vous lire sur le sujet !


Dites moi en commentaire si vous avez lu d'autres livres de Melanie Benjamin ? d'autres romans dont l'intrigue se déroule à l'Hôtel Ritz ? et qu'en avez-vous pensé ?


Avez-vous également des recommandations de lecture et/ou de podcast sur d'autres lieux iconiques dans la littérature ??



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